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 The Highwayman. / SOLO

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CIVIL
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MESSAGES : 505
DATE D'INSCRIPTION : 11/07/2013
GRADE/MÉTIER : Paperasseur en chef

MessageSujet: The Highwayman. / SOLO   Ven 26 Aoû - 15:32




Les doigts de Sigyn glissent doucement sur la peau de ses épaules. Ils remontent nerveusement sur sa nuque et viennent se perdre dans les mèches noires qui ondulent légèrement. L’un comme l’autre ne soufflent mot. Sigyn laisse un instant ses mains dans la chevelure de son époux, avant de laisser ses doigts descendre doucement le long de sa colonne vertébrale. Elle aimerait qu’il dise quelque chose, mais ne peut que respecter son mutisme obstiné. Il n’a pas dit mot depuis qu’elle lui a annoncé la nouvelle. Il a les yeux rivés sur un point, loin au-devant, et elle se mordille la lèvre en essayant de lui arracher quelque parole.
La blonde se triture machinalement les doigts, détourne un instant la tête, puis pose une main sur l’épaule de son mari, laisse de nouveau ses doigts courir le long de sa peau. Sa main s’arrête près de la nuque, là où subsiste une cicatrice laissée par l’acide du serpent ; mort dans sa grotte. Elle la caresse doucement du pouce.

The moonlight it was dancing,
On the waves out on the sea,
Stars of heaven hovered
In a shimmering galaxy


Sigyn ne sait pas quoi dire, et encore moins que faire face à ce silence pesant. Ses dents viennent mordiller l’intérieur de sa joue. A-t-elle bien fait de lui apprendre ce dernier tour d’Ódinn ? Elle voulait simplement lui sortir ses plans de vengeance de la tête, lui faire réaliser à quel point c’est inutile, dangereux, perdu d’avance. Elle tient à lui, peut-être plus qu’elle ne devrait.
Elle garde ses mains sur sa peau, continue de faire glisser son pouce le long de la cicatrice. La peau est comme brûlée. C’est la seule marque qui reste de ce long séjour dans la grotte, ainsi que trois lignes horizontales et parallèles sous ses épaules, sous ses reins, et derrière ses genoux. D’un côté, Sigyn est rassuré que son visage n’ait pas gardé de marques ; elle a toujours aimé cette figure banale et singulière à la fois.

And a voice from down the ages,
So in haunting in its song
This ancient stones will tell us
Our love must make us strong


Ses yeux bleus regardent un peu autour d’eux, la petite chambre, avec la fenêtre par laquelle elle pourrait presque voir le monde. Loki n’a pas bougé. Elle le sent respirer, elle a gardé sa main contre son épaule. Mais il ne dit rien, il reste là, à fixer un point imaginaire fixé sur un mur. Il garde ce silence opiniâtre depuis qu’elle lui a annoncé cette nouvelle. Sigyn se demande à quoi il peut penser, en ce moment.
Sûrement à un quelconque moyen de détourner cette délicate attention du « Seigneur des Pendus ». Elle aimerait tant soupirer, détacher ses doigts de sa peau, lui dire à quel point il est un sinistre abruti, lui dire qu’elle lui en veut pour la mort de Nari, pour la disparition de Vali, lui dire qu’elle l’abandonne.
Qu’elle ne l’aime plus. Mais rien de tout ça n’est vrai. Elle l’aime toujours. Elle ne peut pas l’abandonner comme elle ne peut pas se résoudre à retirer sa main de son épaule nue. Comme elle ne lui en veut pas pour ce qui est arrivé à ses deux fils. Même si son mari est un véritable salaud, Sigyn ne peut tout simplement pas se résoudre à le quitter parce qu’elle l’aime.

Et qu’il ne lui a jamais fait mal de ses propres mains. Jamais sans le vouloir. Jamais directement. Elle sait qu’il l’aime en retour, bien plus profondément qu’il n’admettrait le dire.

« … Loki, s’il te plaît… »

Elle se risque à prononcer quatre pauvres petits mots. Elle laisse un silence planer, mais aucune réponse ne vient. Aucune marque d’agacement. Aucun soupir, aucun mouvement qui indiquerait qu’elle devrait juste laisser le temps passer.

The breeze it wrapped around me
As I stood there on the shore
And listened to this voice
Like I never heard before


Elle se demande si le temps aura encore un effet quelconque sur quoi que ce soit. Elle a peur des plans parfois sordides que son mari est capable d’échafauder juste pour le pur plaisir d’énerver ses « frères », qu’il considère comme des traîtres. Ódinn l’a trahi plus que tous les autres ; n’avait-il pas prêté serment autrefois ?
Sigyn aimerait dire autre chose, peut-être inciter Loki à se confier un minimum, mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Elle ne sait pas comment tourner ses phrases, elle ne sait pas comment lui dire : renonce à tout ça. Elle ne sait que trop qu’il n’abandonnera jamais, tant qu’il est question de prouver que les autres ont eu tort.
Tort de le considérer simplement fou, inoffensif.
Tort de l’attacher dans cette grotte et de considérer qu’ils seraient tranquilles.
Tort de n’avoir pas prêté une oreille plus attentive à ce qu’il pouvait dire, regardé plus attentivement ce qu’il pouvait faire.

Et Loki reste dans son silence de mort. Ses pensées occupées par ce malheureux tour d’Ódinn pour l’éloigner un peu plus de sa vengeance. Oh, mais ce crépuscule aura lieu, le Destin l’a dit, donc le Destin le fera. Ódinn peut faire tout ce qu’il veut pour en retarder l’échéance, mais la guerre aura lieu. Elle déchirera le monde et brûlera le frêne.
Les morts sortiront de Helheim et marcheront sur la terre, Fenrir se libérera et Jörmungrandr sortira des océans. C’est ce que ce Destin qu’il déteste tant a prédit, c’est ce que ce Destin que les autres suivent si bien a dit. Alors, oui, la guerre aura lieu.
Et les morts se compteront par milliers.

Our battles they may find us
No choice may ours to be
But hold the banner proudly
The truth will set us free


Sigyn finit par laisser un soupir lui échapper. Elle garde sa main sur l’épaule de Loki, mais baisse la tête en détournant les yeux, laisse ses yeux s’embuer. Un léger mouvement près d’elle lui indique que son époux s’est tourné vers elle.
Il tend une main et lui relève doucement la tête, essuyant une larme naissante au coin de son œil. Elle le regarde machinalement, rive son regard bleu dans le sien qui est doré. Il y a de nouveau cette flamme qui y brûle, celle qu’elle pouvait observer à loisir avant qu’il ne soit enfermé dans cette grotte, celle qui indique qu’il est bien en vie.
Celle qui la rassure alors qu’elle devrait en avoir peur parce qu’elle sait que quand cette flamme brille, c’est qu’il s’apprête à ruiner les plans de ses pairs. La déesse Ase ose un pauvre sourire, qui ne lui est pas rendu.  Mais il y a toujours la main de Loki contre sa joue, son contact chaud contre sa peau.

Alors Sigyn ferme les yeux et laisse une autre larme rouler sur sa joue.
Il y a toujours ce maudit silence entre elle et lui. Celui qu’elle rêve secrètement de briser pour lui dire de tout laisser tomber, d’abandonner cette guerre. Elle aimerait lui dire que ce serait le meilleur moyen de renier ce Destin qu’il hait tant. Elle voudrait tant lui dire d’abandonner, de rester avec elle.
De ne pas la laisser seule.

My mind was called across the years
Of rages and of strife
Of all the human misery
And all the waste of life


« Je ne t’en veux pas, pour Vali et Nari. »

La petite blonde aura au moins réussi à dire ceci à son époux. Elle rouvre les yeux et le regarde, elle lit une certaine surprise sur son visage. Et que dire de plus maintenant ? Maintenant qu’il a détourné la tête et qu’il se remet à regarder un point qui n’est visible que par lui. Elle doit s’avouer qu’elle ne pensait pas que la mort et la disparition de ses fils le toucherait autant.
Elle qui ne lui en voulait déjà pas pour tous ses écarts.

We wondered where our God was
In the face of so much pain
I looked up to the stars above
To find you once again


La main de Sigyn se repose sur l’épaule de son mari. Elle se mordille la lèvre, laisse ses doigts glisser doucement le long de son bras, suivre le tracé et la courbe de l’articulation du coude, pour finalement trouver la main, et entrelacer ses doigts aux siens. Il se laisse faire. Il ne la repousse pas. Il ne retire pas sa main. Et pour Sigyn, cette absence totale de geste vaut les mots les plus tendres. Elle sent son cœur s’emballer légèrement. Ce n’est pas comme au premier jour. Au premier jour, ils parlaient beaucoup plus. Au premier jour, il n’était pas aussi renfermé. Il était moqueur, il était cynique, il n’hésitait pas à semer la discorde, et ce sont bien les seules choses qui n’ont pas changé chez lui.

We travelled the wide oceans
Heard many call your name
With sword and gun and hatred
It all seemed much the same


Avant, elle avait juste l’habitude de l’entendre parler. Elle avait l’habitude de l’écouter, et parfois, même, elle se demandait pourquoi ils étaient mariés, alors qu’ils sont vraisemblablement comme deux aimants que rien ne devait leur permettre de se rencontrer.

Some used your name for glory
Some used it for their gain
Yet when liberty lay wanting
No lives were lost in vain


Et maintenant, Sigyn a bien l’impression que tout ceci est parti en fumée.
Comme si toutes ces petites choses qui étaient là avant s’étaient envolées par l’entrée de la grotte quand les liens avaient enfin cédé. Elle aimerait en vouloir aux autres pour avoir fait cela, mais elle ne peut en vouloir à personne. Comme si elle comprenait toujours la finalité du geste. Elle n’était jamais intervenue. Alors qu’elle aurait pu les supplier de ne rien faire à son époux.
Elle voudrait lui demander s’il lui en veut pour n’avoir rien dit ni rien fait. Mais elle n’y arrive pas.
Alors en silence, elle passe son doigt le long de la cicatrice qui serpente sous ses omoplates. Celle que la première pierre coupante a laissée. Elle sent un frisson remonter le long de l’échine de son mari. Mais il reste toujours obstinément muet.

Sigyn fait s’arrêter ses doigts au bout de la cicatrice, les laisse là quelques secondes avant de les retirer. C’était chaud. Maintenant, l’air lui paraît froid.
Elle suit le regard de Loki, tente de voir ce qu’il peut fixer ainsi depuis ces si longues minutes, mais ne voit rien d’autre qu’un mur en pierres recouvertes de torchis brun, éclairé par une pauvre lanterne à poix. Leurs ombres immobiles dansent au gré de la flamme le long du pan de la petite maison. Dehors les embruns salés que la mer charrie s’écrasent contre la façade, humidifient le chaume du toit.
Cette petite baraque humaine est une cachette de choix. Les autres savent que Loki s’est libéré. Ils ne savent juste pas où il est.

Et pourquoi la suivraient-ils, elle ? Sigyn. Celle qui ne dit jamais rien, et qui ne prend le parti de personne. Pourquoi s’embêteraient-ils à la suivre.
Ce n’est pas comme si elle avait une quelconque importance, de toute manière, la pauvre petite Ase blonde aux yeux bleus.

Is it not our place to wonder
As the sky does weep with tears
And all the living creatures
Look on with mortal fear


Et bah. Ódinn sait très sûrement déjà où ils se cachent. Le Père-de-Toute-Chose voit tout. Il peut observer l’univers, lui qui est devenu borgne pour avoir le savoir éternel, lui qui se déguise en vagabond pour regarder les humains depuis leurs propres foules.
Mais Sigyn doit bien admettre qu’elle s’en moque. Les autres lui ont déjà retiré ses fils, elle refuse qu’ils lui prennent son époux, si odieux soit-il, elle l’aime. Elle se demande si ce sentiment qui l’envahit peut s’appeler de la colère, elle n’en avait jamais ressenti avant. Elle ne sait pas non plus si elle leur en veut. Mais c’est à cause d’eux qu’elle a perdu Vali et Nari. Alors si jamais elle doit leur en vouloir, elle se demande si elle sera un jour prête à les pardonner.
Il lui arrive de se demander comment son mari fait pour être aussi rancunier.
Comment il peut à ce point détester certaines choses, certaines personnes. Pour Sigyn c’est un insondable terrain où elle n’ose pas poser les pieds de peur d’y couler.

It is ours to hold the banner
Is ours to hold it long
It is ours to carry forward
Our love must make us strong


La main de la jeune femme vient de nouveau chercher celle de son mari. Cette fois, c’est lui qui entrelace leurs doigts. Elle le laisse sagement faire, profite de ce contact qui lui avait manqué. Elle se surprend à sourire légèrement, et regarde par la petite fenêtre la luit qui est tombée. La lanterne continue d’éclairer à peine la pièce, à peine suffisamment pour voir, mais dehors la lune est grosse, et elle projette sur le paysage une lueur blafarde. Machinalement, Sigyn ferme les yeux et ose rêver que toute cette pauvre mascarade entre son époux et ses frères finira par disparaître, par être oubliée.
Peut-être abandonnera-t-il ses projets, qui sait ?
Elle s’avoue volontiers ne pas être sûre, mais elle a bien le droit de rêver, ce soir. Elle a bien le droit de se dire que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve et qu’elle se réveillera, que le monde sera comme il a toujours été : beau, ordonné, magique et accueillant. Un rêve de petite fille de ferme qu’elle aurait mieux fait d’abandonner, mais la déesse Ase est ainsi.
Un monstre de douceur et d’amour sans limites.

And as the warm wind carried
Its song into the night
I closed my eyes and tarried
Until the morning light


Alors, sans lâcher la main de Loki, Sigyn se laisse doucement tomber en arrière sur le lit. Elle reste là, les yeux fermés. Elle a l’impression que le silence est moins lourd, moins couvert de secrets étouffants. Elle sent la main de son homme autour de la sienne, la chaleur de ses doigts contre son petit poignet frêle.
Puis c’est à elle de bouger les doigts et d’enlacer le poignet de son mari. Elle trouve machinalement son pouls, reste à le sentir pulser dans ses veines, et ne bouge plus. Il y a toujours cette chaleur douce dans sa paume, il y a toujours ce silence mais à présent, il est beaucoup plus supportable.

As the last star it shimmered
And the new sun's day gave birth
It was in this magic moment
Came this prayer for mother earth


Une caresse passe sur la peau de sa joue. Elle la sent à peine. Elle est toujours là, les yeux fermés. Il n’y a plus de pouls sous ses doigts, le poignet qu’elle tenait a disparu. Mais il y a cette caresse qui est passée sur sa joue, qui a écarté ses cheveux de son visage. Ce contact fugace qui la rassure légèrement.

The moonlight it was dancing
On the waves, out on the sea
The stars of heaven hovered
In a shimmering galaxy


« Je t’aime, Sigyn. »

La caresse repasse, tout aussi succincte. Puis elle disparaît.

« Je t’ai toujours aimée. »

A voice from down the ages
So in haunting in its song
The ancient stones will tell us
Our love will make us strong




Paperasse en #dd2929


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