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 Teir skaðan gørdu har / Angela

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RAKENNUS
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MESSAGES : 143
DATE D'INSCRIPTION : 15/01/2011
GRADE/MÉTIER : Leader Rakennus / mercenaire

MessageSujet: Teir skaðan gørdu har / Angela   Lun 5 Sep - 20:28



Teir skaðan gørdu har



Le mercenaire essuyait le plat de sa lame dans l’herbe rase de la plaine. Le sang, poisseux, restait collé aux brins jaunis, offrant un étalonnage de couleurs, sinon intéressant, au moins repoussant. Mais le mercenaire était habitué, il ne se formalisait absolument plus du sang, de sa couleur, de son odeur ou de sa texture. Il avait vu le sien presque autant que celui des autres. Il laissa son regard vagabonder aux alentours, mais n’eut de regard ni pour les victimes qu’il venait de faire, ni pour les autres membres du convoi qui devaient pourtant le regarder avec une certaine appréhension. Il pouvait sentir le poids de leurs regards sur sa nuque, le long de son échine, comme autant de frissons grinçants et métalliques qui viendraient s’étaler sur ses omoplates. Le mercenaire les ignorait au mieux, ce n’était pas leur attention qu’il cherchait.
Ce que le mercenaire cherchait, c’étaient ses dagues. Il en avait jeté deux, il en était certain, il se souvenait parfaitement des mouvements esquissés, comme s’ils secouaient encore ses bras. Et il pouvait sentir la différence. Sa botte droite se pliait mieux au niveau de la cheville, et il ne sentait pas de rigidité dans l’étui qui était caché contre son dos, sous sa tunique. Aux aguets, le mercenaire guettait l’éclat vif des lames sous le soleil déclinant de la fin de journée de printemps.
Autour de lui, il n’y avait que le silence assourdissant des quelques secondes où les gens hésitent à se remettre à parler. Bientôt suivraient les murmures, d’abord étouffés, translucides, puis de plus en plus appuyés, jusqu’à ce qu’ils ne deviennent presque des sortes de récriminations agressives, apeurées. A ça aussi, le mercenaire était habitué, même s’il était beaucoup plus touché qu’il ne le laissait paraître.

Au fond, le mercenaire s’excluait de lui-même. Il avait beau être payé pour assurer la sécurité de toutes les personnes qui allaient se méfier de lui, ne jamais le regarder en face, et chuchoter dans son dos, il n’avait jamais cherché à briser les préjugés qui gravitaient autour de sa personne. Il avait considéré, dès le début, qu’il ne lui servait à rien d’essayer de briser la glace pour bâtir une nouvelle banquise à la minute où il devrait mettre en pratique ce que des décennies, littérales, d’entraînement lui avaient appris.
S’il y avait eu, quelques heures plus tôt, des gens à lui trouver un côté sympathique et abordable, c’en était probablement fini.
Maintenant que le mercenaire y pensait, son bras droit picotait désagréablement, et il avait la très nette impression que quelque chose de tiède lui dégouttait des doigts pour finir dans l’herbe. Il n’avait pas besoin de regarder pour savoir qu’il était blessé. Son corps lui transmettait toutes les informations nécessaires, et il savait aussi que c’était moins grave que ça n’en avait l’air.
Ce ne serait pas la première cicatrice que le mercenaire finirait par arborer. Un éclat lui fit plisser la paupière, et rengainant son épée, il rejoignit la dague pour la ramasser, l’essuyer elle aussi dans l’herbe déjà trop sèche de la plaine, la gardant dans sa main.

Sven soupira.
Cette situation était un merveilleux foutoir dont il n’était clairement pas sorti. Des voleurs. Pas les plus intelligents, pas les mieux entraînés, mais suffisamment nombreux pour avoir réussi à semer la panique. Suffisamment pugnaces pour avoir réussi à le toucher, aussi, ce qui n’était pas de bon augure. La fatigue commençait à se faire clairement ressentir. Elle lui donnait l’impression que son corps entier était en plomb, il s’efforçait de ne pas avoir l’air de se traîner, mais même fléchir les genoux était compliqué, comme si ses pieds refusaient de décoller du sol. C’est lentement qu’il repéra la seconde dague et se déplaça pour aller la chercher, courbant le dos, tendant la main, pour récupérer la petite arme. Sven avait la nette sensation que s’il avait le malheur de s’accroupir, il ne se relèverait tout simplement plus.
Idem s’il s’asseyait. Encore pire s’il avait le malheur de s’allonger, auquel cas la surveillance du convoi ne serait tout simplement plus assurée pour les deux prochains jours.
Mais les précédents avaient déjà mis sa résistance à rude épreuve, et plus il se prenait à essayer de compter le nombre de fois qu’il avait fait ça, plus il se disait que c’était la fois de trop. En sachant pertinemment qu’il allait de toute façon recommencer.

Sven le mercenaire ne disait pas un mot en reprenant ses armes. Il ne les rangerait que plus tard, à l’abri des regards de tout le monde. Hors de question que qui que ce soit connaisse les emplacements des poignards qu’il utilisait.
C’était un secret jalousement gardé depuis des années, et qu’il n’était pas prêt de révéler. Sven ne se préoccupait toujours pas de son bras. Il pouvait sentir l’air parcourir l’estafilade, frôler le sang séché. La sensation était très différente du passage d’une brise sur du sang frais, quand la plaie chauffait encore parce qu’elle venait d’être faite. Le courant d’air qui parcourait l’entaille était froid. Il lui donnait l’impression de s’accrocher sur les bulles de sang coagulé qui boursouflaient légèrement les lèvres de la plaie.
Il avait beau essayer de faire comme si la fatigue n’existait pas, Sven savait pertinemment que ce ne serait qu’après une longue nuit de sommeil, suivie d’une matinée tout aussi longue et tout aussi endormie, qu’il se sentirait de nouveau en forme. Sans compter la perte de sang, même si elle n’était pas grave, elle avait sans doute un certain impact sur son état d’éveil.

Retenant un second soupir, le mercenaire abandonna là les cadavres et retourna vers le convoi d’un pas lent, réfléchissant à ce qu’il pourrait dire. A moins qu’il ne se taise, une fois de plus. Il n’avait pas décroché un mot depuis qu’il avait rejoint le convoi. Pas un bonjour, personne ne venait le voir. Pas un merci, personne ne lui avait offert quoi que ce soit. Il avait ses propres vivres, chassait au besoin son propre dîner, et dormait même à l’écart des autres quand il en avait la possibilité, ou tout simplement sur la selle de son cheval quand il savait l’atmosphère sûre. Ce qui n’avait pas été le cas depuis un moment.

Les regards continuaient. Les regards continuaient de le gêner, accessoirement. N’essayant même pas de cacher l’entaille à son bras, pensant sans doute qu’elle montrerait à tout ce petit monde que lui aussi était humain, que lui aussi pouvait saigner, souffrir, même s’il ne montrait aucun signe extérieur de douleur, et que, tout compte fait, tant qu’il ne bougeait pas son bras, ce dernier ne lui faisait pas mal.
Sven passa simplement devant quelques personnes, bien décidé à rejoindre ses affaires. La marche du convoi était simple : s’éloigner le plus possible du lieu du massacre avant de poser le camp pour la soirée. D’ici là, il aurait le temps de s’occuper de son bras, dans le silence et la solitude les plus complets.

Arrivant à hauteur de son cheval, Sven déposa les dagues dans l’une des sacoches de la selle avant de se mettre à caresser le chanfrein de l’animal avec douceur.

« Un beau foutoir, hein… Tu es resté sage, c’est bien. Je te bouchonnerais, ce soir, qu’est-ce que tu en dis, mon beau ? Ça te plairait, hm ? Allez, on a encore de la route à faire avant d’arriver. Je compte sur toi. »



Vagabonde en #4682b4
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